NARA

OCTOBRE, 2017
l’Autre
jet d’instant
japon

Bambi mais pas que

Avant de rejoindre la ville Kyoto que nous languissons, on prend la décision de faire une halte pour profiter d’une journée à Nara.
habillée d’un parc naturel et de quelques temples, la popularité de cette petite ville provient cependant de sa mascotte qui se promène et amuse enfants comme parents ; dans le parc, sur les routes, habitant parmi les habitants, prés de mille cerfs attirent les curieux. si nous n’étions pas au courant de leur présence, les multiples goodies à leur effigie seraient là pour nous l’indiquer. deux pas dans une galerie centrale, et les boutiques nous parlent la langue du tourisme : peluche, carte postale, t-shirt…

Parc de Nara, découverte du Japon
Photographie de  L’Autre

au premier abord on aurait tendance à faire preuve de mépris et rebrousser chemin, « c’est vachement touristique » et puis la vision de dizaines de combos casquettes – appareil photo – guide du routard n’arrangent pas vraiment les choses. mais se refuser la vue, la vie, d’un chemin pour la raison de son succès … nous paraît un peu stupide, et reviendrait au même que fermer les yeux sur un objet victime d’insuccès. on force alors la porte de notre esprit puis on tente de voir au delà de l’amas de flash qui se dresse devant nos pieds.

” On force alors la porte de notre esprit puis on tente de voir au delà de l’amas de flash qui se dresse devant nos pieds “

Toc toc ?

une heure plus tard,
on émerge hors de la galerie pour se faufiler sur la grande rue, à gauche un peu plus loin se trouve le parc principal et quelques temples. à peine un pas et nous voilà chanceux : la pluie s’invite à notre journée et les corps s’évanouissent. bien contraints de voir nos pieds subir le froid de chaussures pas préparées à cela, nos sens émotifs réagissent dans le sens inverse et se ravissent d’observer une belle image se construire autour de cette humide geste d’humeur de la météo : un amas de parapluies que rien ne semble capable de chambouler se forme sous nos yeux.

on continue notre marche sous les gouttes qui ne cesseront pas de tomber tout en  poussant nos jambes à enjamber des flaques grandissantes. au loin, une canne à selfie nous indique la présence d’une biche rapidement aperçu. à son aise, elle se secoue pour éjecter l’humidité qui ne semble pas la déranger plus que la foule dont elle est habituée. on avance et les parapluies s’éparpillent d’avantage, certains d’entre eux se réchauffent dans un café au pied du parc, d’autres se pressent – avançant d’un temple à un autre, d’un lieu à un paysage. au pied d’un immense sanctuaire, les passants passent – promptement, en hâte -, s’arrêtent la minute d’un flash, et trace l’itinéraire menant vers les images d’un chemin traversé sous la pluie.

un vieillard attire notre regard. seul d’abord, il dresse un plaisant contraste en face de ces joggers : ses pieds s’amarrent dans le sol et il demeure contemplatif, neutre, insensible au bruit de la pluie qui s’abat. ensuite, le voilà brisant subitement son calme intime. il se retourne l’air joyeux : d’un signe de la main et du sourire, il indique à ses amis de venir le rejoindre. tout les trois, vieux et calmes, sensibles et les yeux ouverts, penseurs malgré le monde alentour, attirent l’attention de notre regard à objectif. il contemple le temple et se lie à lui, tandis que nous ouvrons les yeux devant cette union.

deux rues plus loin,
nos lèvres prennent le temps de se réchauffer grâce à un thé vert avant que l’heure soit venue de prendre la direction de la gare. Kyoto nous attend, on entend le murmure de son charme au loin.

Parc de Nara, découverte du Japon
Photographie de  L’Autre

Ligne de train

on erre perdus dans une station trop grande pour nos têtes rêveuses. j’imagine que cela se voit puisque dix minutes n’ont pas le temps de s’écouler que déjà se rapproche un homme bienveillant. il nous regarde de derrière ses lunettes, puis dans une voix discrète on aperçoit sa gentillesse

– can i help you ?
– on cherche à rejoindre Kyoto sans faire trop de détour,  lui dit on de l’anglais le plus hésitant et lent possible. sa voix, toujours elle, nous guidera pas à pas jusqu’au quai de la gare.
en attente, on flâne du regard pour faire passer le temps et on voit bientôt les pas de cette dame en avance, elle prend le temps de choisir le numéro de rame qui saura accueillir ses jambes fatiguées par la journée. dix minutes plus tard, les lignes sont déjà formées et organisent le quai. rien ne dépasse sauf nous même, un tantinet pataud lorsque l’on tente sans réussite de ne pas faire de vague dans un monde organisé et dont on a encore tant à découvrir.

un son incompris annonce le train et on entre en suivant le mouvement. une première accélération ne tarde pas à déséquilibrer nos corps, bousculés par le poids de nos imposantes maisons à dos, ils se battent tant bien que mal pour retrouver un brin d’équilibre. gauchement, ils bousculent parfois nos voisins, nous mettent mal à l’aise même si personne ne semble s’en soucier. on trouve par la suite et avec soulagement une place assise, aussitôt rejoint par notre ami en voix et par son silencieux sourire jusqu’à la station de Kyoto, qu’il nous indique bien sur à de multiples reprises – soucieux de voir la fin de notre journée se passer sans embuche.

dans une nouvelle ville, la rame de train s’en va.
à travers la vitre, notre compagnon agite la main,
vive et bienveillante, teintée d’une joie ordinaire..

experiences et impressions retranscrites avec amour

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