KYOTO

OCTOBRE, 2017

l’Autre
jet d’instant
japon

Pansement pachinko

la matinée allait bientôt toucher à sa fin quand un de nos pas, d’ailleurs particulièrement énergiques ces derniers jours, nous confronta d’une manière frontale à la plus belle des sources d’inspiration : on tombait nez à nez, ou plutôt oeil à oeil, avec un groupe d’enfants alignés, plutôt de jeune âge, je dirais sans expérience qu’ils fréquentent l’école primaire. ils patientent au abord d’un passage piéton dans un ordre parfait et ce malgré l’absence d’une autorité autour d’eux. un détail parvint jusqu’à notre oeil et, alors qu’un des écoliers se retourna pour nous lancer un bref regard, nous pûmes observer plus précisément l’ensemble : uniforme ( différent pour les garçons et pour les filles) , cartable, chaussures, chaussettes, posture, démarche, attitude et précaution dans la traversée de la route, jusqu’au chapeau couvrant les têtes lisses, étaient parfaitement identiques.

l’intériorisation dés le plus jeune âge d’une très forte « normativité sociale » ( François Laplantine ) parait à cet instant comme un outil dont le but est de parfaire l’organisation de la société japonaise, idéale chant d’harmonie pour les observateurs pressés que nous sommes. 

les écoliers traversent la route et disparaissent rapidement de notre vue, tandis que notre pas amène le reste de nos corps un peu plus loin, à continuer à vivre ces scènes du dehors. incapable de s’y introduire et bien conscient des limites de notre position, on devra alors user les pages de différents livres, puis continuer d’y mêler nos pas, chacun éclairant bien à sa façon l’autre partie de la découverte.

Rue de Kyoto, découverte du Japon

Photographie de  L’Autre

robot nippon ?

de cet idéal d’harmonie on devine facilement l’idée opposée, le revers de la médaille, l’autre visage du japon au moins aussi répandu que le premier, c’est à dire les conséquences qui résultent d’un conformisme accru. le comportement général du japonais apparait lissé, policé, discipliné, et il manifeste de l’importance de l’éducation et de la civilité dans un pays ou la construction d’un individu doit aller dans le sens de la machine parfaite ; la société. nos pensées s’approchent, sur la pointe des pieds, de plusieurs idées reçues – extrêmes – contre lesquelles il est tout aussi important de se battre :
est ce que les visages neutres controlés en permanence signifient l’absence d’émotion ? peut-on parler d’ « automates » réglés et organisés autour des règles strictes de la société ?

ces questions sont absurdes tant la réponse est évidente. on s’aperçoit facilement que ce n’est pas le cas et que les fils électriques visibles au dessus des rues, au dessus de nos têtes pleines de pensées, ne sont pas des machines à robotiser. mais elles nous amène à réfléchir sur un questionnement plus complexe mais pas moins interessante : mettre sans cesse en silence son expression personnelle par souci et crainte de créer vague et désordre, est ce une situation soutenable ? ou même souhaitable ?

” Les fils électriques visibles au dessus des rues ne sont pas des machines à robotiser 

comme si il existait un ordre d’importance entre l’harmonie des rapports sociaux et l’expression personnelle, et que le premier était infiniment plus important. si l’un passe avant l’autre, on peut imaginer la suppression de l’expression personnelle au profit d’une harmonie interpersonnelle, alors nous viennent en tête les expressions réductrices de « robots qui ne ressentent rien ».

très tôt, nous avons le sentiment que l’éducation comporte une règle essentielle et précoce avec l’intégration de la contenance et du sang froid. parvenir à contrôler ses sentiments, intérioriser les signes extérieurs d’émotion, afin que plus tard ils demeurent discrètement silencieux dans notre espace intime, c’est à dire notre corps, ou parfois notre demeure. chez plusieurs groupes d’enfants, on est surpris par l’intégration de cette notion et le code complexe qui va régir chaque geste et chaque mot. ainsi, nous n’avons que rarement vu l’expression des visages des japonais s’abandonner à une euphorie, à une excitation ou à une passion. les seules exceptions resteront les moments ou le parfum dans la pièce se concentrera autour du houblon de la bière, ou de la couleur transparente du saké.

Rue de Kyoto, découverte du Japon

culture ( et ) complexe
funambule

pour autant, au sein de ce quotidien japonais réglé, un tas de paradoxe trouve leur place avec une certaine popularité. pleines de sens, des activités émergent et jouent alors un rôle-conséquence : un univers entier construit autour de l’abusé et de l’imaginaire forme une sorte de balance, à la recherche d’un équilibre ; face au poids de la contenance, la légèreté et l’apaisement de l’absurde.
par exemple, on est franchement surpris dans les magasins et dans la rue par le volume et le contenu des annonces publicitaires, ornées d’une exagération à l’image et au son strident, rythmé et complètement en dehors du monde. la même chose se retrouve dans les jeux télévisés, ou l’objectif est tout sauf d’être perçu de manière sérieuse et réelle. comme un funambule, le japonais s’arme de pas délicats afin de trouver son équilibre.

” Comme un funambule, le japonais s’arme de pas délicats afin de trouver son équilibre 

dans la semaine, il est 18h quand nos oreilles se mettent à saigner. l’entrée d’une salle de Pachinko* pollue le trottoir de son vacarme assourdissant, un bruit indescriptible dans lequel trouvent refuge des dizaines d’initiés chaque jour, a t-on entendu. la curiosité ( ou le sadisme ) prend nos pas et les dirige plus proche de l’entrée, « on jette juste un coup d’oeil ok ? ». seuls face à la machine, les yeux fixés et concentrés sur les billes en métal, hommes et femmes s’assomment et s’usent devant nos yeux bluffés. ce mélange de son compose un gros bruit vulgaire, fort d’une présence envahissante, et dont l’aspect opaque dépose un voile sur un monde, image et fruit d’une volonté d’oublie ; il meurtrit le poids du silence. on se met à imaginer que ce vacarme rassurant constitue un soulagement contre la tension d’un corps, d’un esprit en proie à une lutte imposée par le convenable. la recherche d’un équilibre entre autrui et soi même n’est sans doute pas aussi facile que veulent nous le faire croire les sourires.

en ce début de soirée,
cet homme respire dans l’aide procuré par ce refus de la communication. grâce au bruit mêlé au choc entre les billes, il s’enveloppe, se panse et se protège à l’abri des règles, comme c’est souvent le cas dans le train et dans le sommeil qu’il retrouve à la moindre occasion…

experiences et impressions retranscrites avec amour

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