KYOTO

OCTOBRE, 2017
l’Autre
jet d’instant
japon

Asahi (évidemment !)

Quelques jours ont passé, la fin de notre séjour à Kyoto n’est plus trés loin. un soir de semaine, il fait déjà sombre quand le métro nous amène jusqu’à la gare, important lieu ferroviaire à l’esthétique futuriste, afin d’apprécier une ultime fois ce coin de la ville. une atmosphère ardente promène nos corps, alors en proie à un appétissant décor visuel, tandis que l’architecture de la station nous envoute, nous avale, jusqu’à percevoir – par nos sens néophytes – les signes de son immense matière. bien que différents des derniers jours passés à déambuler dans des rues plus paisibles, elle saura nous toucher, nous faire réfléchir, jusqu’à parvenir à nous satisfaire de pouvoir, en à peine vingt minutes dans un métro confortable, jongler aussi aisément entre les époques, entre la tradition et le changement, l’un et l’autre formant un bien savoureux équilibre.

Images clairement enfumées

l’oeil sans doute influencé par les derniers soirs, notre tête s’incline en direction des hauteurs, à la recherche d’un point de chute… là-bas ! une lumière sur le sommet d’un immeuble vient d’apparaitre. elle s’empare de notre regard pour amener nos jambes, confiantes grâce au précédent soir, vers son escalier qu’elles s’empressent de gravir. nous jubilons en silence, hissons les marches, pour enfin arriver à une porte ou l’on devine plus que l’on ne voit le bar souhaité ; on l’a franchie sans timidité, pendant qu’une fumée blanche s’invite au dessus de nos têtes.

” On savoure un paysage d’hommes ordinaires 

organisé autour d’un comptoir en angle droit et de quelques tables hautes, nous trouvons un bar de taille modeste et, dans celui ci, une bonne dizaine de fumeurs alors plongés dans de vives discussions. costumes et jeans se mélangent autour d’une bière puis d’un rire qui éclabousse l’intégralité de la pièce, étrangement agréable malgré la fumée rendue opaque par l’abondance. nous les contemplons un instant comme un spectacle, avant de rejoindre une table en compagnie d’une première bouteille de Asahi. à gauche, un groupe de trois hommes se tient devant une bière, debout comme chaque client (il n’y a aucune chaise), tandis qu’à notre droite, deux autres hommes sont accoudés au comptoir devant un plateau de sushis fraichement préparés. pas de femme, comme souvent dans ce qui ressemble à un nomikai (ce sont des réunions essentiellement planifiées dans le but de décompresser entre collègues).

on savoure nos bières, on savoure un ensemble ; paysage d’hommes ordinaires, atmosphère envoutante, images déjà certaines de trouver une place de choix dans nos  futurs souvenirs… ces premières  se mélangent par ailleurs parfaitement au visage d’un Kyoto que l’on admire par la fenêtre, durant les quelques minutes ou le silence entre nous devient le signe d’une admiration.

Boisson boisée

il n’est pas encore 20 heures que nous voilà forcés de changer de lieu. la faute à une faim déjà bien impatiente qui nous oblige à quitter le bar, traverser la rue, à la recherche d’un remède pour nos ventres indigents. absorbés par la carte d’un restaurant à quelques mètres, on constate que ces tarifs sont légèrement au dessus de nos moyens mais … la bière et la flemme sont plus forts que notre raison : tant pis pour notre bourse !

trois serveurs en action nous accueillent, se retournent dans notre direction pour nous gratifier d’un « irasshaimase » machinal, avant que l’un d’eux ne se dévoue pour prendre le soin de nous installer juste un peu plus loin.

” Comme une tendre caresse concédée par une brise inéluctable 

on découvre une petite table dressée dans un petit coin, séparée de nos voisins par de fines cloisons en bois, mais obtenant par la même matière un espace intime au milieu du mouvement normal d’un début de soirée.

fragile et presque transparent, le bois parvient néanmoins trés souvent à être le symbole d’un apaisement. alors qu’il nous fait aujourd’hui cadeau d’une intimité presque inespérée, c’est la même matière qu’on observait hier aux pieds d’un groupe de moines chaussés avec de belles sandales zori, c’est encore la même matière qui servait (en partie, car il est aussi question de papier, d’argile, de plante …) à construire d’une manière simple et peu couteuse les maisons traditionnelles nippones. le bois, sous ses multiples formes, habille le quotidien japonais d’une image sobre et subtile. travaillé et poli de nombreuses heures afin d’obtenir une surface lisse, vernie, sculptée, étudiée, érigée en véritable oeuvre d’art, il évoque la simplicité et « le don proprement japonais de la concision » (Claude Levi-Strauss)

nous ne pouvons parvenir à nous asseoir sans nous délecter une fois de plus, jamais une fois de trop, du rêveur usage des choses du quotidien. si la transparence de la cloison d’aujourd’hui tremble d’ailleurs de fragilité sous les expressions bruyantes de nos voisins, elle sera pour nous et durant de longs jours encore le signe de la délicatesse, comme une tendre caresse concédée par une brise inéluctable.

une vingtaine de minutes plus tard, on s’empiffre de brochettes commandées par moitié au hasard parmi le menu japonais. entre deux rasades d’une deuxième Asahi au gout inlassable, une grimace espiègle se forme sur nos visages découvrants, sur le menu anglais de la table d’a coté, la signification des ingrédients ; « chicken skin, pork nose … ». ces derniers parviennent à nous remplir de rire, mais ils ne sont définitivement pas consistants pour nos estomacs. on se réconforte autour d’une troisième Asahi, dont chaque goutte vient frapper au quatre coins d’une faim qui disparait bientôt. 

22h50, il fait nuit désormais. le métro nous ramène jusqu’à chez nous, le ventre criant son vide tandis que l’esprit, lui, se sent profondément repu.

La rue et nous

sur une dernière ligne, droite mais cependant vague, nos deux yeux brillent, aidés il est vrai par les bienfaits de l’alcool (mais il ne s’agit pas seulement de cela), conscient comme souvent que quelque chose se passe. il se passe toujours quelque chose (Roland Barthes).

de notre sensibilité la plus poussée, on aperçoit la rue danser, elle se trémousse juste devant notre oeil et lui offre, d’un trait prompt et clair, sa plus belle histoire. les néons y vont de leurs jets lumineux, tandis que le trottoir jaloux cultive sa propre image. au loin, le paysage flotte mais même lui, indécis et envoutant, participe à la dictée.

à la fin en parvenant dans notre chambre, on se regarde devant l’or d’une ultime bière. nous ne faisons rien, mais dans chacun de nos yeux on peut lire les lignes de la route, l’histoire de nos pas.

Temple de Kyoto, découverte du Japon
Photographie de  L’Autre

La rue et nous

sur une dernière ligne, droite mais cependant vague, nos deux yeux brillent, aidés il est vrai par les bienfaits de l’alcool (mais il ne s’agit pas seulement de cela), conscient comme souvent que quelque chose se passe. il se passe toujours quelque chose (Roland Barthes).

de notre sensibilité la plus poussée, on aperçoit la rue danser, elle se trémousse juste devant notre oeil et lui offre, d’un trait prompt et clair, sa plus belle histoire. les néons y vont de leurs jets lumineux, tandis que le trottoir jaloux cultive sa propre image. au loin, le paysage flotte mais même lui, indécis et envoutant, participe à la dictée.

à la fin en parvenant dans notre chambre, on se regarde devant l’or d’une ultime bière. nous ne faisons rien, mais dans chacun de nos yeux on peut lire les lignes de la route, l’histoire de nos pas.

experiences et impressions retranscrites avec amour

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