KYOTO

OCTOBRE, 2017
l’Autre
jet d’instant
japon

Le silence brisé d’une porte

Dans notre promenade japonaise, on a très vite compris la nécessité de casser nos habitudes pour ouvrir un regard attentif sur le paysage social et urbain. de bonnes ou mauvaises surprises nous attendent mais peu importe, l’essentiel est ailleurs : peut être dans cette élargissement des champs de vision, marche à franchir pour la découverte d’un autre et d’une autre culture. de cette rencontre nait souvent un choc, beau et violent à la fois, source d’espoir et d’inspiration.

9h environ,
en franchissant le pas de la chambre ce matin, nos corps se clouent sur place un instant. immobiles devant la rue, prient en étau par le poids de multiples apparitions neuves, de toute part : monde, ville, et nature tendent vers nos yeux et les pénètrent. à cela s’ajoute le froid du vent, il fait rougir nos joues d’enfant et nous donne une allure un brin absurde, tandis que contre toute attente et surtout contre celle de ce dépaysement, un sourire vient se creuser – comme un coup de poing – sur nos visages soumis à la vue des choses.

on s’oriente alors en plongeant dans l’expérience floue de nos paupières. le pas, la vue, la peau, ouvrent ensemble la marche sur une sensibilité intense, délicate et fragile. la distance parcourue grandit chaque jour et use nos semelles, laissant par un geste similaire une trace en nous : privé de notre cadre habituel, la sensation de vivre fonde sa propre écriture, plus belle et lumineuse que l’encre fumante de ce soir.

Lumiéres de Kyoto, découverte du Japon

prendre de la hauteur

action de nos pieds, quelques minutes s’écoulent et l’on avance sans vraiment savoir ou ils nous mènent. le soleil s’élance plus haut dans le ciel, la température s’adoucit ; sur le modele de cet agencement notre ligne de regard alterne les va-et-vient entre nos chaussures, poussiéreuses et usées, et le ciel, point de chute bleu azur aujourd’hui. un magma de couleurs s’éparpille entre ces limites, parmi laquelle on y scrute les bâtiments, leurs divers slogans exposés, les affiches et pancartes déposées sur leurs façades. un, deux, trois … onze ! l’ombre d’un building de onze étage nous fait lever les yeux et  admirer son étendu. comme des legos, les commerce singuliers s’empilent, chacun se distingue par une activité différente : restaurant, bar, agence, salon de coiffure, boite de nuit, etc… l’espace est plus que rentabilisé du sous sol au dernier étage, chacun se rempli d’une utilité qui le définit autant qu’elle pousse notre lecture du monde à s’éparpiller, en ce jour particulièrement enclin à l’ouverture, dans d’inégales images le long de l’étang bariolé du paysage.

celui-ci se lit dans le multiple et se détache largement de nos pieds, finalement de bien piètre voyant pour le monde. alors notre regard se décide à lever l’oeil pour regarder droit, puis s’élance enfin plus haut : ne se suffisant plus d’une ligne de regard, il lui faut désormais saisir l’élan d’une plus large vision de la ville pour savourer l’agréable flux d’images autour de nous aujourd’hui. durant plusieurs de nos journées notre oeil s’occupe dans cette observation, vacille entre les pancartes dont il ne comprend guère le sens, épluche chaque pan d’apparitions, et donne l’à-coup d’un coup d’oeil vers le coeur d’un l’immeuble, c’est à dire autour de l’étendu extreme de sa hauteur.

” Notre oeil vacille entre les pancartes, épluche chaque pan d’apparations 

plus tard en flânant dans les allées d’un Kyoto qui commence à s’éteindre,
plusieurs jeunes de notre âges nous interceptent dans un anglais maitrisé, ils font la promotion d’une soirée d’Haloween. nous sommes déjà le 29 octobre, se dit-on en pensant à notre départ tout proche et en refusant leur offre, convaincus qu’ils trouveront néanmoins facilement d’enthousiastes fêtards. la lune apparait déjà tandis que nous empruntons, à la recherche d’un coin de ville repéré auparavant, une nouvelle rue toute proche de la rivière qu’on aperçoit. son écoulement  tranquille nous accueille d’ailleurs, le reflet des immeubles allumés trouvant dans le chuchotement de son bruit le parfait miroir. l’atmosphère est paisible, quant à nos valises oculaires, elles papillonnent autour de l’ancien quartier des Geishas, Gions ( ce fut, avec Ponto-cho, l’Hanamachi le plus célèbre de Kyoto )

Sourires de Kyoto, découverte du Japon

Les signes d’une porte

dix minutes n’ont pas le temps de passer que l’air s’est déjà convertit en lumière, ce sont les néons d’un bar perché au troisième étage d’un immeuble pittoresque qui nous prend dans ses filets. on se laisse aller en pilote automatique vers la sensation grisante de découverte, l’étroit escalier nous oblige d’abord à grimper, marche par marche, pour parvenir devant une porte neutre, sans indication. tandis que la timidité monte puis nous prend le coeur, on se demande si l’on ne sait pas trompé d’étage, notre euphorie s’emmêle et pendant quelques secondes on reste discret, manquant d’audace, intimidé par cette porte muette. c’est finalement la curiosité qui l’emporte et nous décide : on frappe à la porte puis, immédiatement, un cri brise le silence et encourage notre entrée. notre première pointe de pied se pose à l’intérieur et on a le sentiment de devenir – instantanément – invité, le sourire du propriétaire nous rassure sur le bien fondé de notre visite, pourtant si tremblante

« Irasshaimase … bienvenue ».

d’avantage à notre aise une fois assis sur deux tabourets hauts, on se met à épier les 20m2 et ses deux tables rondes en guise de support à verre. le lieu est exigu et intime, c’est à peine si on y tient à six alors qu’on imagine aisément certains soirs ou c’est prés de quinze personne qui s’y serreront en riant. derrière le comptoir, le patron discute avec un client local et un couple de français. Queens défile sur la tv fixée au mur, il nous accompagne le temps de boire une bière, de rire d’une situation cocasse. c’est un moment délicat offert par une intimité survenu au bon moment ; le temps est parfois lourd de l’absence de proximité, il est ce soir léger comme la seconde bière qu’on savoure jusqu’à la dernière goute. puis, dans un dernier regard et une photo souvenir remplis d’ivresse, on quitte notre hôte joyeux, il est tout comme nous ravis d’échanger quelques mots dans un amusement enfantin et sincère.

” Un moment délicat survenu au bon moment  

en fermant la porte derrière nous, on prend la peine de contempler son visage boisé, sans pour autant la reconnaitre. deux heures avant plutôt intimidante, ce n’est plus la même porte que l’on voit maintenant, on la regarde et il ne se dégage ni appréhension, ni silence, bien au contraire, on distingue désormais dans les veines de son bois pourtant inchangées les visages accueillants que l’on vient de quitter. les idées se forment parfois face au silence, amas de mots incompris, mais une fois la porte franchi, il est possible d’entendre et saisir la finesse d’un mot ou d’un sourire ( même si les signes n’ont pas toujours le sens attendu ).

à toute vitesse dans les escaliers, on se retrouve en bas en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

dehors,
le froid est de nouveau bien présent mais la marche réchauffera nos carcasse, d’autant qu’elle s’accompagne d’un de ces sourires, vous savez, celui crée quand le sentiment du temps heureux apparait. on s’étonne de voir la distance rétrécir, et les minutes jusqu’à notre chambre nous paraissent infime seconde.

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